BELLEVUE 2007

BELLEVUE

ART2WORK depuis 2007

l’histoire de WIM Embrechts

J’ai fondé ART2WORK mi-2007 avec ma partenaire professionnelle de l’époque, Katrien, sans un sou, mais avec une énorme envie et un véritable « capital social » (un bon réseau). J’avais 39 ans et un peu plus de 15 d’expérience professionnelle dont 10 ans dans une fonction dirigeante. 10 ans auparavant j’avais déjà lancé quelque chose de « totalement nouveau ». J’avais connu le succès, mais j’avais aussi essuyé de sérieux revers et j’étais parfois tombé de haut. J’avais toutefois développé un large réseau social et professionnel. Et acquis une certaine « position » sociale. Je vivais seul avec ma fille de 7 ans, et mon appartement était hypothéqué. Mon contrat de travail à durée déterminée arrivait tout doucement à son terme. Il fallait que je trouve un autre job.

Après une analyse approfondie de moi-même (passions, qualités, …) et une sorte « d’étude de marché » de tout ce qui existait, de ce qui aurait pu ou dû être mieux ou différent … il m’est apparu clairement que je devais me lancer dans quelque chose de nouveau. Je devais pouvoir entreprendre, développer de nouvelles idées et de nouveaux projets, inspirer, repousser les limites, contribuer au changement social nécessaire … Faire de Bruxelles une ville meilleure. Une ville pour tout le monde. Une ville créative, qui donne une chance aux gens, qui fait naître le renouveau, qui trouve sa puissance dans la dynamique et la force de ses habitants …

Après avoir évalué certaines de mes expériences personnelles, parlé avec des chefs d’entreprise, lu plusieurs rapports d’études et participé à de nombreuses discussions, il est apparu qu’un travail expérimental était plus que nécessaire pour réduire le fossé existant sur le marché du travail.  Ce fossé était entre autres caractérisé par un très grand nombre de jeunes adultes au chômage et sans diplôme, … mais surtout sans aucune expérience professionnelle ni connaissance de la « culture du travail ». Les chefs d’entreprise consultés étaient relativement unanimes : « Donnez-moi quelqu’un qui veut et qui peut travailler… le reste, il peut l’apprendre sur le tas ». Le secteur de l’insertion professionnelle travaillait avec les jeunes, mais de manière très limitée, car « trop difficile ». La plupart d’entre eux se focalisaient principalement sur la « formation technique ». J’ai donc rapidement constaté qu’il y avait un « trou dans le marché ». Quelque chose qui me touchait sur le plan émotionnel, quelque chose qu’il fallait faire, quelque chose dont j’avais aussi énormément envie. Avec mon job de coordinateur chez BRXLBRAVO (Fête des arts à Bruxelles) j’avais à ce moment-là de nombreux contacts et entretiens avec les directions d’importants centres culturels. Ces directions avaient aussi envie de se profiler sur le plan socioéconomique, de chercher des possibilités, de donner leur chance aux jeunes d’acquérir de l’expérience, d’apprendre à travailler, au sein de leurs propres structures.

Durant le printemps 2007, j’ai aussi beaucoup travaillé chez moi, sur les rives du Canal de Bruxelles, en diagonale de l’ancienne brasserie BelleVue. Un immense complexe, l’un des derniers vestiges de notre passé industriel, du passé brassicole de ces quartiers. Un bâtiment charnière à la Porte de Ninove, au centre des développements tout autour du canal. Un immeuble au milieu des vieux quartiers industriels de Bruxelles, les quartiers populaires d’aujourd’hui, les « quartiers d’arrivée », où gravitent beaucoup de jeunes, avec une belle dynamique, mais aussi beaucoup de chômage et d’exclusion sociale. J’ai appris qu’une société immobilière envisageait d’acheter ce bâtiment …pour y construire des logements. Apparemment le bourgmestre de Molenbeek de l’époque n’y était pas opposé. Mais au fond de mes tripes, c’était « il n’en est pas question ». Selon moi, ce complexe de bâtiments devait proposer un espace pour de nouvelles activités économiques, pour de nouveaux élans sociaux, pour des initiatives créatives, pour des expériences permettant aux habitants des quartiers environnants de s’épanouir, … Très vite est née l’idée d’en faire une « BelleVue Creative Brewery ». Une « brasserie pour des processus de fermentation innovants, où l’on brasse et met en bouteille des produits économiques créatifs ». Un endroit hautement symbolique du passé industriel bruxellois, un endroit doté d’une puissance énorme pour écrire l’histoire de l’avenir postindustriel de la ville, un endroit pour l’économie du futur, pour un nouveau développement urbain.

Nous avons testé l’idée du lancement d’une « nouvelle structure socioéconomique » et d’une « creative brewerery » auprès de nombreuses personnes de milieux très divers. Nous avons activé une sorte de groupe de pilotage informel composé de personnes diverses avec des histoires et des occupations variées. Une belle énergie et une belle dynamique humaine. Et l’asbl ART2WORK est ainsi née.

Nous avons contacté la direction immobilière du propriétaire de l’époque, Inbev, et avons réussi à louer l’ancienne malterie et les anciennes stalles pour un montant symbolique. Nous avons emménagé le 1er septembre 2007, sans un sou, mais avec le plein d’énergie, et la ferme intention de ne pas nous défiler, de concrétiser nos ambitions. Un week-end portes ouvertes, une communication efficace et une réelle demande, et voilà le résultat : en quelques mois, les 4000 m² ont été transformés en « souk créatif » : une quarantaine d’espaces de travail créatif, répartis sur 5 niveaux et de nombreuses nouvelles activités humaines. L’ancienne taverne (les stalles rénovées où se trouve aujourd’hui l’Hôtel BELVUE) est rapidement devenue « the place to be » pour toutes sortes de fêtes, concerts, séminaires, … Avec des rentrées d’argent pour payer les factures et réussir à survivre.

Très vite, de nouveaux contacts se sont noués avec les pouvoirs publics et le secteur privé pour lancer le projet « BelleVue Creative Brewery », pour le concrétiser, le mettre à l’ordre du jour, envisager sa faisabilité, et chercher des fonds et des partenaires. Nous avons introduit un dossier pour répondre à l’appel lancé à l’époque par la Région de Bruxelles-Capitale pour les fonds FEDER 2007 - 2013 (Fonds Européen de Développement Régional). Mais la direction centrale d’Inbev ne voyait pas du tout d’un bon œil notre présence et nos objectifs. En mai 2008, 9 mois après notre création, ils ont vendu l’ensemble du site à un promoteur privé et à la commune de Molenbeek (pour la partie où était installée ART2WORK). J’étais abasourdi, car j’avais reçu juste avant des messages d’une toute autre nature. Un gros coup dur à encaisser. Sans oublier, une rupture avec ma partenaire professionnelle et le tumulte dans ma vie amoureuse. Je ne voyais plus comment m’en sortir. Mon moral était au plus bas.

De nombreuses personnes se sont mobilisées pour me conseiller, pour chercher avec moi des solutions : le Conseil d’Administration, le « groupe de pilotage informel » de 2007, les nombreuses personnes qui entretemps avaient développé leurs activités dans le bâtiment, … et de nouveaux sympathisants. Après de longues discussions, une initiative totalement nouvelle a finalement vu le jour : Platform Kanal. Un nouveau mouvement citoyen qui s’est proposé de FAIRE VILLE ENSEMBLE dans les quartiers centraux autour du Canal de Bruxelles, pour TRAVAILLER ENSEMBLE à une vision intégrée largement partagée et à un projet urbain inspiré. On m’a transmis le flambeau pour en faire quelque chose, avec des gens qui avaient envie d’y prendre part, de construire ensemble la ville. Plein d’entrain et animé d’une nouvelle énergie, je suis parti en vacances… et suis tombé sous le charme d’une femme au 4e étage du bâtiment BelleVue.

Après les vacances, nous avons constitué des groupes de travail, et développé des activités. Au printemps 2009, un Journal Kanal a fait le premier buzz, créé les premières vagues sur le Canal. Nous nous sommes lancés dans la préparation de la première édition de Festival Kanal. Et nous avons travaillé dur pour développer la 2e action d’ART2WORK. Nous avons écrit des dossiers, développé des liens de collaboration, et les premiers subsides pour nous lancer sont arrivés. Nous avons reçu les agréments nécessaires, et finalement aussi les moyens pour démarrer. Le temps a passé. 

Le 4 janvier 2010 a été un grand jour. Les débuts de la Team Technical Assistance. 8 jeunes de 18 à 30 ans ont endossé la nouvelle tenue « cool » et se sont mis au travail. Avec de nombreuses formations et, progressivement, les premières missions. Mais il n’était pas évident d’avoir suffisamment de travail pour 8 personnes à la fois. Le vrai travail allait pouvoir commencer. Trouver assez de travail pour l’ensemble de l’équipe était une condition de base d’un bon parcours pour chacun. L’équipe des collaborateurs était toute nouvelle et elle devait, petit à petit, créer les défis. Malgré la préparation, il fallait que tout soit « fait » chaque jour. Les premières évaluations, les premiers conflits, les premiers licenciements, les premières adaptations, … Vous trouverez plus de détails sur l’évolution de ce fonctionnement entre 2010 et 2015 dans le dossier joint en pdf ci-dessous.

La commune de Molenbeek nous a autorisés à poursuivre nos activités dans le bâtiment BelleVue jusqu’à ce qu’elle lance les travaux de rénovation. Et la commune m’a proposé de revenir dans l’un des espaces du BelleVue après les travaux. Le projet originel BelleVue Creative Brewery avait été mis sens dessus dessous. En 2010, nous avons développé un business plan pour mettre en place un espace de coworking créatif, un concept qui à ce moment-là n’existait pas encore à Bruxelles. Un vrai business plan avec des moyens privés, des fonds propres … empruntés à la banque. Et nous avons obtenu l’autorisation de la commune. Les étages 4+5+6 à raison de ± 700 m² ont été réservés pour nous.

Nous sommes restés sur place jusque fin 2011, avec les nombreuses autres personnes qui travaillaient dans le bâtiment. J’ai même eu l’honneur d’y organiser l’une des dernières activités : mon mariage « magique » avec la femme que j’avais rencontrée au BelleVue. L’amour de l’endroit et du bâtiment s’est terminé par le grand amour, le vrai, pour toute la vie.

Mais mi-2012, après la faillite de Platform Kanal, j’ai vu une nouvelle fois tout s’écrouler. Les agréments et les collaborations avec diverses autorités étaient très complexes et nécessitaient un investissement financier et humain. Le lancement d’ART2WORK ne m’avait pas laissé insensible. Mais j’avais des doutes sur ce que je voulais continuer à faire. Est-ce que j’avais vraiment envie de concrétiser ce business plan ? Était-ce réellement ce que je voulais ? Étais-je vraiment passionné ? Est-ce que je voulais vraiment courir le risque de tout financer « moi-même » ? Y avait-il suffisamment « d’alliés » pour le faire avec moi ? Était-ce LE projet social dans lequel je voulais m’investir à 100% ? Où était la collaboration efficace avec d’autres personnes et organisations ? Où était cette importante plus-value sociale que j’avais toujours recherchée ? Où se trouvait ma propre plus-value ? Est-ce réellement mon « bébé », mon « truc », mon « envie », …

Une amie proche et conseillère professionnelle m’a convaincu de continuer, de parler avec d’autres personnes, et d’impliquer plusieurs organisations publiques. Les premières discussions exploratoires m’ont redonné espoir. L’enthousiasme de certaines personnes a rallumé en moi la petite flamme. Petit à petit, des idées neuves ont pris forme, avec l’énergie nécessaire. C’est alors qu’a été lancé le nouvel appel d’offres pour FEDER 2020 (Fonds Européen de Développement Régional). Les idées que nous avions développées allaient-elles convenir ? Nous devions foncer. Je sentais que c’était la « seule » chance de pouvoir démarrer, de pouvoir concrétiser les plans élaborés. Après avoir lutté avec les « questions obligatoires » de l’appel d’offres du FEDER, après avoir sué pour tenter de mettre sur papier ce que je pensais et ce que je voulais, notre dossier a finalement été bouclé et envoyé en juillet 2014.

Après l’édition 2014 de Festival Kanal, j’ai décidé d’arrêter les gros investissements dans Platform Kanal. Nous avions apporté une contribution non négligeable pour développer une prise de conscience et une vision. La mission était en grande partie terminée. Et je devais absolument choisir entre l’une des deux organisations et pour ma propre « santé ». Je devais suivre mon sentiment, me laisser guider par ma passion, pouvoir faire ce que je fais le mieux. J’ai alors décidé de me réinvestir à 100% pour l’avenir d’ART2WORK, plus qu’à temps plein, la seule façon de pouvoir réaliser mes ambitions, et aussi la seule manière de mériter le soutien du FEDER, la seule manière d’agir vraiment là pour ce qui, selon moi, fait en grande partie tourner la ville : l’avenir de nombreux jeunes qui veulent aller de l’avant, qui veulent avoir une chance de faire partie de ce futur, qui veulent devenir quelqu’un.

Et le gouvernement bruxellois nous a finalement entendus en mai 2015.

Entre temps, notre équipe s’est renforcée et de nombreux partenaires sont venus aider, pour m’insuffler le vent favorable qui me permettra d’aller plus loin. ENSEMBLE nous allons mettre le paquet. Nous allons continuer à nous motiver les uns les autres et à suivre des voies ambitieuses pour faire ce que nous estimons important.

En avant toute ! Parce qu’on ne peut pas faire autrement, parce qu’il faut le faire, tout simplement.

WIM
(Noël 2015)

PS : Je remercie toutes les personnes qui ont joué un rôle de près ou de loin dans cette histoire. Car on ne fait rien tout seul.