© YOUSRA Daly

ZOE Vandenbossche

22 – 1640

J’ai d’abord vécu à Bruxelles. On a déménagé ensuite Rhode-Saint-Genèse car ma mère voulait un endroit calme pour élever ses enfants. J’ai eu la chance de vivre dans la nature, avec moins de voiture donc moins de stress. Ça a été important pour moi car je suis légèrement agoraphobe et j’ai un problème de vue assez complexe. Je suis daltonienne, myope, astigmate et sensible à la lumière. C’est héréditaire. Ce n’est pas facile car je sais que, plus tard, je me promènerai avec une canne blanche comme ma grand-mère. Chaque année, ma vue diminue. J’ai dû trouver des astuces. J’ai des loupes pour lire, je compte mes arrêts en tram ou en bus, je mets des bottes quand il pleut pour éviter d’avoir les pieds mouillés car je ne vois pas les flaques, … Je ne peux pas passer mon permis, donc je suis dépendante des autres. C’est tout un chipotage mais je m’adapte. Je tiens à mon indépendance.

À l’école, c’était difficile car j’étais le souffre-douleur mais j’adore apprendre. Je suis très curieuse. J’ai choisi l’option institutrice et puis animatrice. J’ai toujours voulu m’occuper des plus petits. J’ai un bon feeling avec eux. Grâce à mon esprit enfantin, je rentre très bien dans leur univers. J’ai fait du théâtre depuis mes 7 ans. J’ai ainsi fait une 7ème préparatoire pour entrer au conservatoire. Mais j’ai arrêté en milieu d’année. C’était un milieu très hypocrite où je ne me suis pas sentie bien. J’ai fait une petite dépression suite à cette mauvaise expérience. Pendant trois ans, j’ai cherché un boulot alors que ça n’allait pas. Et c’est vraiment quand je suis arrivée ici, à COACH2START, que ça a été mieux.

Avant je me laissais influencer, j’étais très naïve. Je faisais comme les gens voulaient, je voulais toujours leur faire plaisir. Maintenant, je mets des limites à tout le monde. Si ça ne me plaît pas, je vais le dire. Je pense plus à moi. Et j’ai beaucoup plus confiance en moi aujourd’hui qu’avant.

Je suis plus motivée pour chercher un travail car c’est moi qui décide. Quand j’étais accompagnée par le VDAB, leur seul but c’était que je trouve un travail. Ils s’en foutent que j’aimes ou pas. Alors qu’ici, c’est un travail qui me plaît qu’on cherche. On me motive correctement. On me dit les mots qu’il faut et ça, ça m’aide beaucoup. J’ai déjà décroché un job pendant les 2 mois d’été à Braine-l’Alleud. Et tout doucement je développe aussi mes autres projets. J’écris de contes pour enfants. Je souhaite encore les illustrer et puis il faudra partir à la recherche d’un éditeur. Et je me consacre aussi à mon projet du « fil rouge ». Je voudrais devenir conseillère en sexualité et ouvrir un centre avec un sexshop, des cours pratiques, des sexologues, une ligne ouverte, des groupes de paroles, … Et puis il y a mon projet de sirène …

Depuis que je suis toute petite, je rêve d’être sirène. L’eau, c’est mon élément. Je sautais dans les piscines avant même de savoir nager. Aujourd’hui, je donne cours de natation aux enfants et aux handicapés à Waterloo. Et les dimanches, je prends ma queue de sirène. J’ai demandé à mon patron et il a accepté. Je m’entraîne le soir quand il n’y a plus personne. Pour l’instant, je le fais pour le plaisir mais je voudrais en faire un métier plus tard, même si ça n’existe pas encore en Belgique.

Je suis fière d’être devenue la personne que je suis aujourd’hui. Elle me plaît plus que celle d’avant. Et même si c’était dur d’être le souffre-douleur, sans ça, je ne serais peut-être pas devenue celle que je suis. Ça m’a rendue très humaine.

Avril 2018